mercredi 23 novembre 2016

Les congés maternité aux usa, ou comment La Sandrinette a touché le jackpot...


Alors si vous êtes enceinte aux USA et que vous voulez savoir à combien de congés maternité vous avez droit, le calcul est très facile : il y a un total de 0 jour de congé « s » maternité aux États-Unis. Laissez moi être encore plus claire : si vous accouchez, non seulement vous n'avez droit a aucun congé payé, mais en plus, en théorie, rien n'oblige votre employeur à ne pas vous virer si vous manquez quelques jours de travail... autant dire qu'ici, vous avez intérêt à faire ça vite fait ! Pas de contractions qui commencent, puis s’arrêtent, ou de dilatation sur plusieurs jours... alors mesdames, chaussez vos chaussures de tennis, il faut faire descendre ce bébé !

Bon évidemment, ça c'est la théorie, dans la pratique, les femmes enceintes s'arrangent pour cumuler leurs jours de vacances si elles en ont (oui parce que ça non plus ce n'est pas obligatoire), ou elles ne se présentent tout simplement pas au travail (avec j'imagine une bonne excuse : mon hamster est mort je ne vais pas pouvoir venir aujourd'hui...).

Ensuite, la loi prévoit aussi que les grandes entreprises doivent « accorder » (merci du peu!) 12 semaines de « family leave » (=absence familiale) aux femmes ayant accouché. C'est a dire 12 semaines non payés mais qui vous permettent de rester avec bébé pendant prés de 3 mois (si vous avez des économies).

Et après il y a les chanceuses comme moi qui travaillent pour une grosse assurance et qui ont non seulement le droit de ne pas travailler pendant 12 semaines sans être payées (ouaiiiiii!!!!) mais qui en plus recevront 2/3 de leur salaire pendant 6 semaines en cas d'un accouchement par voie basse, 8 semaines en cas de césarienne (oui, tu dois dire a ton entreprise comment tu as accouché... mais de quoi je me mêle franchement!!!!). En plus de ces petits privilèges, j'avais droit a 2 semaines de « congé parental » payé 100% de mon salaire (la Sandrinette est une aristo!).

Bref, le pied quoi ! Jusqu'au jour ou j'ai remarqué un détail qui vous aura aussi échappé... tous ces droits s'appliquent APRES l'accouchement... comment qu'est-ce ???... Oui, aux États-Unis vous êtes censées travailler jusqu'au jour de votre accouchement... soyons encore plus précis : vous êtes censées travailler jusqu'au jour ou le bébé est né, pas jusqu'à la date prévue de l'accouchement, ni jusqu'à la date que vous avez une sciatique, que la tête du bébé appuie sur votre col et que ça vous fait des décharges électriques (et la les lecteurs hommes se disent que je rentre un peu trop dans les détails mais bon....), que vous avez des contractions tous les jours, que vous ne dormez plus la nuit parce que vous portez 13 a 20 kg en plus au niveau du ventre, que si par miracle vous arrivez au travail, que de toute façon vos mains n'atteignent plus le clavier de l'ordi, que vous mangez comme un crocodile mais que vous pouvez encore avaler un mammouth, que vous dépensez 50 calories a chaque fois que vous mettez un pied devant l'autre, et que vous n’êtes même pas sûre que l'ascenseur puisse vous monter jusqu'au deuxième étage (et que évidement, à ce stade là, les escaliers, c'est même pas la peine d'y penser!)...

Et le pire dans tout ça est que si vous discutez avec les gens autour de vous, vous remarquerez que toutes les femmes travaillent effectivement jusqu'au jour ou elles accouchent, et qu'en plus elles en sont contentes :

  1. Mon chef quand je lui ai dit que je voulais poser toutes mes vacances en même temps pour partir un mois avant la date prévue de l'accouchement (oui, je suis une feignasse...) : « Moi ma femme, elle a travaillé jusqu'au jour de son accouchement ! »... oui du c... mais toi ta femme elle n'a pas un abruti de manager... bon d'accord, elle a un abruti de mari... ahhhh... ben voilà... on à trouvé pourquoi elle ne voulait surtout pas rentrer à la maison...
  1. La serveuse au restau : (moi à ce moment la j’étais enceinte de 5/6 mois déjà et la seule chose que j’étais capable de faire était de travailler derrière mon ordi, de rentrer à grand peine à la maison pour m'avachir lamentablement sur le canapé jusqu'au jour suivant... bon et apparemment j'allais au restau de temps en temps aussi...). Donc j'arrive et je vois cette femme très enceinte portant avec un bras un plateau avec des verres, nettoyant la table avec l'autre... on lui demande donc de combien elle est enceinte, réponse : « j'aurais dû accoucher aujourd'hui mais bébé n'est pas arrivé. J’espère qu'il viendra demain... » [Je vous jure que je n'invente rien !]....
  2. Ma collègue le jour ou je pars en congé maternité ( à 8 mois de grossesse donc): « ah bon ????!!! Mais il n'y a pas de bébé encore!!!! »
    Ah bon ? Alors, ça c'est quoi alors ??????
  3.  
  4. Mon autre collègue le même jour : « oui moi je sentais quelques gènes au travail et en rentrant a la maison j'ai perdu les eaux, donc nous sommes allés a l’hôpital et la gynéco m'a dit que ce que j'avais ressenti au travail étaient les premiers signes de l'accouchement ! »... [en même temps, si tu travailles et que tu es enceinte de 9 mois et que tu ressens « quelques gènes », je ne vois pas trop bien ce que ça peut être d'autre....].
Bref, j'ai tout de même décidé de faire la feignasse et de partir un mois avant la date prévue de l'accouchement. J'avais plus de 4 semaines de jours de congés accumulés et, chose importante, il était déjà très clair pour moi que j'allais démissionner à la fin de mon congé maternité. Du coup, pas la peine d'essayer de garder mes congés pour après l'accouchement pour les passer avec mon bébé (ce que font la plupart des femmes...). Aussi parce que si je n’étais pas partie en congé maternité, je serais partie pour crise nerveuse aggravée Pour ceux qui lisent mon blog régulièrement, vous vous rappelez sûrement de mon article au sujet de mon travail: Corporate America, ou comment je sens que ca va finir a coup de tartes


En gros, pour résumer, je travaillais (ça fait tellement de bien d'utiliser l'imparfait ici et pas le présent!) pour une grosse assurance qui, pour faire des économies, n’employait peut être qu'un tiers des personnes dont elle avait besoin, et reprochait à ses salariés qui travaillaient 10 heures par jour, de ne pas travailler assez... J’étais en train d'envoyer des CV à droite à gauche lorsque je suis tombée enceinte. J'ai donc fait un rapide calcul dans ma tête : j'ai 5/6 semaines de congés accumulés avec eux + puisque ça fait plus d'un an que je suis dans l'entreprise, j'ai droit aux congés maternité + si je suis enceinte, qui va bien vouloir m'embaucher = j’arrête d'envoyer des CV.


Alors quand on croit que la situation ne peut pas être pire, et ben si elle peut ! C'est facile, il suffit que votre entreprise se rende compte que parmi ses employés il y en a qui ont travaillé pour l'entreprise depuis un bon moment et que donc :
  1. Ils gagnent entre 20,000 et 25,000$ de plus que les autres.
  2. Il va falloir leur payer la retraite a laquelle ils auront droit s'ils travaillent plus de 20 ans pour eux.
  3. Ils commencent à tomber sérieusement malades (oui parce que le stress, ça n'aide pas, surtout si tu manges des donuts pour compenser et qu’après tu deviens obèse, et que tu es toujours aussi stressé de toute façon...)

La solution était donc simple : on ferme le département, on vire tout le monde, et on en ouvre un ailleurs avec que des nouvelles recrues ! Vous allez me dire : « oui mais... les indemnités de licenciement ? »... et bien pas de problèmes ! Tactique de la boite : vous donnez 15 dossiers par jours a vos employés qui n'en pouvaient déjà plus avec 7 ou 8, vous trafiquez les chiffres pour faire croire qu'ils n'en reçoivent que 6,8 en moyenne (6,8 oui, je dois même encore avoir le document qui « prouve », graphique à la clef, que nous n'avions pas 15 mais 6,8 dossiers par jour...), et vous leur dites que si vous n'embauchez plus personne a Denver c'est parce que « certains employés » de ce département sont très très négatifs et n’arrêtent pas de se plaindre, et que donc vous préférez embaucher à Portland ou personne ne se plaint... [je vous jure que c'est vrai, je n'invente rien encore une fois!].

Le rythme de travail est devenu insupportable très vite, et entre ceux qui ont démissionné, et ceux qui se sont fait virer a cause de leurs « mauvais  résultats », nous nous sommes vite retrouvés avec deux équipes de 5 a 6 personnes, au lieu de 4 équipes de 12. Du coup le département ressemblait a un hospice d’après guerre... parmi nous il y avait : 3 arrêts maladie pour dépression (avec une qui revenait une fois par mois et qui repartait des qu'elle avait plus de 20 dossiers a gérer a la fois... vu qu'on en recevait 15 par jours, je vous laisse compter combien de jours elle a travaillé sur l’année..). Nous avions aussi une diabétique grave qui avait bien forcé sur les donuts, 2 autres qui n'allaient sûrement pas tarder à la rejoindre dans son malheur vu la taille de leur pantalon, un autre malade qu'on a jamais su de quoi il était malade, et une femme enceinte (moi)... bref, les seuls qui restaient étaient les seuls qui ne pouvaient pas partir. Je ne vous dis pas l'ambiance !

Bref, j'ai résisté tant bien que mal, jusqu'au glorieux jour qui restera dans les annales : le 11 décembre 2015 !!!! Me voilà donc « en vacances » pour un mois en attendant que bébé arrive. Le plan étant d’enchaîner directement sur mes congés maternité à la mi-janvier après la naissance de bébé, puis de démissionner à la fin de ceux-ci.


Mais voilà que le 28 Décembre 2015 je reçois un appel de la DRH :
  • « Oui, alors j'ai une très mauvaise nouvelle à vous annoncer, nous allons fermer le département et le délocaliser a Portland le 4 mars... malheureusement, votre poste de travail sera supprimé...  vous recevrez des indemnités de licenciement équivalentes à 7 semaines de salaire... »
  • LA SANDRINETTE :
 
  • DRH : « Je sais c'est une très mauvaise nouvelle, alors prenez le temps d'assimiler la nouvelle et rappelez nous quand vous aurez les idées plus claires. »
La Sandrinette là a fait le coup du siècle ! Si le département avait fermé plus tôt, j'aurais perdu mes congés maternité, s'il avait fermé plus tard, j'aurais démissionné avant et je n'aurais pas eu droit aux indemnités licenciement. Aussi, et ça reste entre nous, mon abruti de manager (oui, encore lui) a oublié de prévenir officiellement l'entreprise que je posais toutes mes vacances avant l'accouchement... j'ai donc était payée comme si je travaillais pendant tout le mois de décembre, et j'ai ensuite reçu un chèque pour me payer le mois de vacances que j'avais accumulé... Bref, entre les congés payés, les congés maternité, et les indemnités licenciement, j'ai en gros été payée 6 mois de salaire sans bosser ! Franchement, je ne vois pas de quoi les femmes américaines se plaignent....

 
Enfin bon, j'exulte mais je n'oublie pas pour autant :
  1. mes collègues très méritants qui se sont fait jeter à la rue comme des malpropres.
  2. Mes congénères mamans qui travaillent comme des esclaves jusqu'à leur accouchement, et qui pour certaines n'ont même pas le droit de passer quelques semaines avec leur bébé

Je n'ai pas fait ce blog pour dénoncer les conditions dans lesquelles vivent certains américains, mais je crois que là il faut bien avouer que je suis très choquée Je vous laisse avec cette vidéo de John Oliver, un humoriste, qui résume très bien (et avec beaucoup d'humour) ce que c'est qu’être une jeune maman aux États Unis :
 
 

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