dimanche 8 septembre 2013

Se faire virer aux USA ou comment je suis plus « sucrée » que ce que je pensais…



Petit dej' au bureau avec les collegues!

Alors rassurez-vous tout de suite, ce n’est pas moi qui ai été virée, mais une collègue! Ouf ! On souffle un coup !

Voici donc l’histoire de ce qui s’est passé, ou comment la Sandrinette, elle est bien plus naïve que ce qu’elle croyait !




Moi j’aime bien mon boulot !

1. Parce que mes collègues sont très gentils et qu'ils m’aiment beaucoup. En plus aux États-Unis, on aime bien dire merci pour tout... genre, tu envoies un fax : « Merci soooooo much Sandwina ! Tu es such une bonne travailleuse ! » [Moi : « euh… merci… » enfin en même temps avec un BAC+5 je crois que oui je peux plus ou moins envoyer un fax…].

2. Parce qu'on fait plein de petits évènements entre nous ; genre : THE SALADE PARTY !!! Qu’est-ce ? Un vendredi on s’est tous pointés avec une salade préparée par nos petits soins pour la partager avec les collègues (oui, je sais, on est des fous !)… Bon on n’a quand même pas mangé tous ensemble assis autour d’une table parce que a) aux USA on s’assoie pas à table pour manger b) aux usa on mange devant son ordi pendant qu’on continue à travailler c) on s’entend bien mais il ne faut quand même pas exagérer !

3. Parce que ma chef a mis des mois et des mois à trouver quelqu’un de bien pour occuper mon poste et donc maintenant elle ne veut surtout pas que je parte. Du coup toutes les semaines j’ai le droit à : « Ça va ? Tout va bien ? Tu es contente ? Tu ne trouves pas que c’est trop difficile ? Tu ne trouves pas que c’est trop facile ? Tout le monde est gentil avec toi ? Personne n’est méchant avec toi ?etc… » « Ça fait combien de temps que tu travailles pour nous, 6 mois ? ». MOI : « Euh non pas encore » ELLE : « Bon quand ça fera 6 mois tu me le dis et on augmentera ton salaire ! » (C’est la 50ème fois qu’elle me dit la même chose… moi j’aimerais bien lui dire que ça ne me dérange pas de ne pas attendre 6 mois… 4 mois et demie c’est très bien aussi !)

4. Parce que parfois t’arrives le matin et tu trouves une courgette mexicaine sur ton bureau…


 VOUS : «Euh… mais qu’est-ce que c’est que cette histoire de courgette mexicaine ?... » Ben, malheureusement, je n’en sais pas plus que vous. Un matin je suis arrivée au boulot et je l’ai trouvé sur mon bureau. Plusieurs de mes collègues ont fait la même découverte… mais pas tous… nous n’avons jamais su qui était derrière cette invasion intempestive de courgettes mexicaines…. 

Comme vous le voyez, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes…

Puis un jour, je reçois un e-mail de la DRH :
Chère Sandwine,
Pourrais-tu venir dans mon bureau mardi à 1.30pm pour discuter de l’ambiance générale de ton service ? Je te demande de bien vouloir garder cet entretien confidentiel et de n’en parler à personne.

NAIVETÉ n.1 : « Oh ! Ce qu’ils sont sympas dans ce boulot ! Toujours à s’inquiéter de savoir si les employés sont contents ! »
Non, ce n’est pas une blague, j’ai réellement pensé ça ! Comment j’ai fait, ça, je ne sais pas, mais je n’ai absolument pas trouvé ça suspect !

  • Episode numbeur wane: Le mardi en question dans le bureau de la DRH :

DRH : [L’air de rien] « Alors, tu aimes bien ton travail ? »
MOI : [Enthousiaste] « Oh ! Oui ! » (Enfin là il faut bien avouer quand même que c’est une question à la con ! Genre la fille elle va répondre à la DRH : « Oh non ! C’est nul et ennuyeux mais il faut bien payer le loyer »…)
DRH : [Dans sa tête : « Ooooooooh ! Elle est sooooooooo sucrée ! » Oui en anglais on n’est pas mignon on est sucré (sweet pour les anglophones). « Pourquoi ? Qu’est-ce que tu aimes de ton travail ? Donne-moi des exemples. »
MOI : (Je retire ce que j’ai dit sur la question précédente) « bla bla bla »
DRH : « Aurais-tu, par hasard, entendu des ragots sur des gens… des collègues… des supérieurs… »
MOI : « Euh non, on discute de tout et de rien, on fait des blagues »
DRH : « Tu sais s’il y a des gens qui font circuler des rumeurs ? »
MOI : « Euh non, on s’entend tous très bien ! »
DRH : [Dans sa tête : Celle-ci elle ne s’appelle pas Sandrine mais Marie et elle est mariée avec Charles Ingalls de la petite maison dans la prairie].
DRH : « Tu penses que tu es traitée injustement par tes supérieurs ou les avocats ? Y a-t-il certaines personnes qui obtiennent plus de faveurs que d’autres ? »
MOI : « Euh… non moi je suis traitée très très bien par tout le monde ! » [Dans ma tête : « Waouh ! Super pro les ricains avec leurs enquêtes de personnel ! Après on dit que les conditions de travail aux USA sont mauvaises !]
DRH : « Tu es sure que tout va bien ? Tu peux me le dire… c’est confidentiel… Ça restera entre nous… »
MOI : « Ben… euh… oui… non, franchement, je n’ai aucun problème,  au contraire ! »
DRH : [Dans sa tête : « Oooooooooh ! Elle est soooooooo soooooooo sooooooooo sucrée ! »] « Bon, ben merci ENORMEMENT Sandrine d’être venue, c’est vraiment très gentil » (Oui, c’est comme je vous disais, les américains vous remercient pour des choses pour lesquelles on ne s’attend pas à être remercié… « Merci d’être venue ! »… Ah bon, parce que j’avais le choix ?/ « C’est très gentil Sandwina de m’avoir aidé avec le client mexicain ce matin ! »… Euh… de rien !… en même temps c’est pour ça que j’ai été embauchée…).

Je quitte donc le bureau sur ces belles paroles. Elle ne me répète même pas que l’entretien est confidentiel… vous pensez bien, je suis bien trop sucrée pour aller raconter tout ce qui s’est dit à mes collègues… non, moi j’ai un blog pour ça !…


  • ÉPISODE numbeur tou, une semaine plus tard :

Nous recevons un e-mail de ma supérieure : « Demain (vendredi) je recevrai chacun d’entre vous de façon individuelle dans mon bureau. L’entretien ne durera que 10 minutes ». 10 minutes avec ma chef ça veut dire 1 heure ET 10 minutes… du coup j’ai été reçue le lundi en fin de journée…

La porte se ferme et ma chef commence : « Alors c’est pour te dire que s’il y a quoi que ce soit, si tu es fâchée avec moi, si tu t’offusques de quoi que ce soit, il faut me le dire. »
MOI : « Ok ! »
CHEF : « Quoi que ce soit, quoi que ce soit »
MOI : « Oui, d’accord ! »
CHEF : « QU-UA-QUE-CE-SU-A»
MOI :…  « Euh.. non, mais moi je suis très contente ici… je ne suis pas fâchée et je trouve que je suis très bien traitée ! »
CHEF : « Tu es sure sure ? »
MOI : [Bon là quand même, j’ai beau vivre dans le pays des bisounours, je commence à suspecter quelque chose]. « Ben écoute, franchement pour moi tout va bien ! »
CHEF : [Soulagée] « Non parce qu’on a reçu une lettre anonyme se plaignant des conditions de travail, disant que je faisais des préférences et que les gens avaient peur de perdre leur travail à tout moment. »
MOI : « Ah bon ? Bon mais ne t’inquiète pas, ce sont des choses qui arrivent. Les chefs reçoivent toujours des critiques des employés. Moi je trouve que tu es très bien et que tu nous traites à tous très bien. Tu sais parfois les critiques veulent dire que tu fais bien ton travail. » [Oui je fais de la psychologie avec ma chef…]

En sortant de l’entretien dans ma tête : « Ces américains alors ! Ils prennent tout trop au sérieux ! Qui n’a jamais reçu une lettre d’un employé feignasse ou incompétent, se plaignant des conditions de travail ? ». Oui parce qu’il y a une chose qui est sure ici, c’est que les chefs sont moins autoritaires qu’en France. Les employés en France se plaignent souvent des chefs par qu’ils sont un peu sacrés et qu’on doit faire ce qu’ils disent sans rechigner. Ici, c’est plus égalitaire… c’est peut-être pour ça… en tout cas moi ça me choque, que les chefs soient choqués d’être critiqués ou d’être accusés de faire du favoritisme… 


  • Épisode numbeur zri : au barbecue annuel organisé par l’entreprise :

Moi et une collègue en train de discuter et de siroter notre Cabernet-Sauvignon de la marque Le Yéti (oui, nous on boit du vin Château Machin, les américains, eux, boivent du vin qui s’appelle Le Yéti avec un dessein de l’emprunte du pied du yéti sur la bouteille… c’est comme ça…). Un peu bourrée… elle se confie :
MOI : [Toujours dans le monde enchanté de Candy] « C’est sympa ce petit barbecue avec les collègues ! Il faudrait faire ça plus souvent ! »
ELLE : « Oh tu sais, depuis le coup de la lettre ! Moi je suis tellement choquée ! En plus c’est moi qui suis visée ! Comme je suis très copine avec notre chef ! C’est vrai que j’ai plus de vacances que les autres, mais c’est parce que je suis dans l’entreprise depuis plus longtemps ! »
MOI : « Ah, bon ? C’est complètement débile ! »
ELLE : « Oui, mais tu comprends, ça me perturbe beaucoup ! »
MOI : «  Oh ! Mais tu ne devrais pas ! Toi, tu fais ton boulot et c’est tout ! Si les gens sont jaloux et médisants c’est parce qu’ils savent qu’ils ne travaillent pas aussi bien ! » (Oui, je fais aussi de la psychologie avec mes collègues !)

En partant dans ma tête : « Qu’est-ce qu’ils sont sensibles ces américains ! Les jalousies entre collègues, c’est un classique ! »


  • Épisode numbeur for : Avant-hier

La journée se passe relativement bien, tout le monde est content et tout roule au troisième étage de la maison (là où se trouve mon service). Vers 3.30pm, j’ai rendez-vous avec le grand chef indien, ma collègue et amie de beuverie à coup de vin de Château Pied du Yéti et mon client José qui est amoureux de moi. Je reviens au troisième étage et là je vois la DRH et son assistante remplir de grosses boites en carton avec tous les effets personnels d’une de mes collègues… pire encore, la veste rose bonbon de la collègue n’est plus sur le dossier de sa chaise (je crois que je ne vous ai jamais parlé du sens singulier des américaines pour la mode).
LA SANDRINETTE : [qui commence à peine à sortir du monde merveilleux de Mickey] « Ben… qu’est-ce que vous faites ? »… oui, je sais, j’ai pas dit que j’étais sortie complètement du monde merveilleux de Mickey… juste que j’étais en train…
ASSISTANTE : « Je suis en train d’essayer de faire entrer cet objet dans cette boîte… »
LA SANDRINETTE : [qui d’un coup semble être en train d’atterrir sur Terre…] « … … …» dans certaines circonstances, il vaut mieux ne pas trop poser de questions…

E-MAIL de ma chef :
« Cher tout le monde,
X ne fait plus partie de notre entreprise. Interdiction formelle de parler de ça pendant vos heures de travail. Aucun ragot ne sera toléré. »

LA SANDRINETTE : [qui n’a pas atterrie mais qui s’est crashée sur le tarmac]:
 !!!!!!!!!!!!!!!!!!! ?????????????????? !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! ??????????????????????????????
E-MAIL à ma chef : « Vraiment ??? C’est très triste ! Est-ce qu’on peut lui envoyer au moins une lettre d’adieux ? »

CHEF : « Sandwine, tu peux venir deux minutes ? »
MOI : « Euh… oui »
CHEF : « Si tu veux rester en contact avec elle tu peux mais je ne te le conseille pas. Elle a fait beaucoup de problèmes dans l’entreprise. Chef indien (bon, ça c’est moi qui l’appelle comme ça) est quelqu’un de très connu et elle a mis son image en péril. Elle faisait courir des rumeurs et n’arrêtait pas de ragoter ! »
MOI : « !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! »
CHEF : «  Mais ne t’inquiète pas, ça ne t’arrivera pas ! Toi on t’adore ! Tu es sooooooooo sucrée ! La DRH a dit que lorsqu’elle t’a convoquée, tu ne savais même pas pourquoi tu étais là-bas ! (… Mickey Mouse quand tu nous tiens!...). Au barbecue, tout le monde faisait la gueule (la figure pardon !... soyons polis !), grand chef indien ne veut même plus les organiser ! (Et moi qui disait à qui voulait bien l’entendre que c’était très chouette ce barbecue et qu’on devrait faire ça plus souvent ! Qui me suis soulée au Pied de Yéti et qui est partie la dernière, et cela parce que la DRH assistante avait profitée de notre pose pipi pour nous retirer nos verres de Yéti, nos cacahuètes et les chaises sur lesquelles nous étions assises….)… »
MOI : « Bah franchement, je ne pensais pas que c’était si grave ! »
CHEF : « On ne vire pas les gens comme ça ici ! On a passé les trois dernières semaines à ne faire que ça ! J’ai beaucoup de travail en retard ! J’étais très très stressée avec cette histoire ! Je ne sais pas si tu avais remarqué ? [parce qu’elle, après tout ça, elle pense encore que je remarque des choses…]. Grand chef indien est très déçu par notre département et c’est dommage parce qu’il y a des gens ici comme toi qui sont très concentrés sur leur travail et qui sont de très bons éléments dans l’entreprise ! [High Five la Sandrinette !!!!!]».

ÉPILOGUE : Moi j’étais quand même bien secouée par tout ceci ! Une collègue virée pour une raison mystérieuse, traitée comme une paria, qui ne récupère même pas ses affaires et sa veste rose bonbon elle-même… ça fait du chamboulement de méninges ! J’étais curieuse d’arriver le lendemain au boulot pour voir la réaction des gens… ben vous savez quoi ?... il n’y a pas eu de réaction… les gens étaient tous très contents parce que c’était vendredi, une collègue a acheté de la bouffe mexicaine pour tout le monde, une autre se foutait de moi parce que la dernière fois que j’avais gouté ladite bouffe enveloppée dans une feuille de mais j’avais failli me péter les deux dents du devant parce que je ne savais pas que la feuille de mais ne se mangeait pas, beaucoup sont partis en avance pour profiter pleinement du weekend, d’autres discutaient allègrement de tout et de rien devant le bureau de ma collègue incroyablement vide et silencieux… plus de veste rose bonbon sur la chaise, plus de bougie à la fraise, ni de ventilateur senteur cannelle, plus de desseins gnangnan de sa fille de 10 ans, ni de jeux stupides sur son écran…


Finalement, c’est à se demander si c’est Mickey Mouse ou tout autre chose qui m’a masqué les yeux sur ce qui était en train de couver dans ce département…   



10 commentaires:

  1. Wouah.... ça me laisse sans voix !
    Et puis, si on ne peut même pas ragoter au boulot, c'est pas rigolo ;)

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  2. Ce qui est marrant ce que malgres HR et toutes leurs procedures a la con, ca finit toujours par un licenciement aussi soudain qu'inexplique pour la plupart des gens dans la boite et surout avec l'interdiction dans parler...
    Alors que bon HR ca veut bien dire Ressources Humaines...

    En emme tmeps, c'est rassurant de voir que c'est partout pareil (aux US).

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    1. Tu y vis aussi aux USA? Moi j'avais jamais vu ca avant!

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  3. Je découvre ton blog et après avoir lu quelques articles, je le suis maintenant régulièrement.
    Outre le fait que c'est intéressant de lire ton quotidien aux US, j'aime beaucoup ta façon décalée et drôle de raconter tes péripéties.

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    1. Merci Nadia! Je vais essayer de m'y consacrer plus regulierement maintenant! Depuis que j'ai commence a travailler, j'ai plein d'autres choses dans la tete. Merci en tout cas et bonne lecture!

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  4. Moi aussi chaque licenciement me scotche encore, meme apres 6 ans ici. Mais j'ai remarque que souvent je suis plus perturbee que celui ou celle qui vient de se faire virer. Je continue a vivre dans mon Monde de Mickey en me disant que non ma chef elle pourrait pas me faire cela a moi.
    Ravie de decouvrir ton blog en tout cas.

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    1. Oui moi aussi je crois que je suis la plus traumatisee! Ou vis tu?

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    for. You've ended my 4 day lengthy hunt! God
    Bless you man. Have a great day. Bye

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