Vous allez être très déçus…
je sais pas trop comment vous l’annoncer… moi qui me vantais dans mon dernier article d’avoir résisté mieux que quiconque à la pression de l’américanisation…
ben voilà… j’ai… (oh ! mon Dieu que c’est difficile…)… oui, voilà… j’ai
acheté une voiture…
Je sais, je sais…
je sais pas ce qui m’a pris…
Voilà ce qui s’est
passé :
1. La Sandrinette
il y a deux semaines :
La Sandrinette
travaillais a dix minutes de chez elle a vélo, dans une superbe bâtisse du
début du siècle (c’est-à-dire du début du pays aux États-Unis… c’est comme si
vous (les français) vous travailliez dans les grottes de Lascaux….)
Je n’avais ni
voiture, ni permis de conduire américain… ce qui est un exploit quand on vit au
Colorado.
Et jusqu’au mois
de décembre 2013 j’avais un téléphone flip-flop (très chic !) sans
connexion Internet, ni Facebook, ni banque en ligne, ni rien de tous ces trucs
sans lesquels je ne pourrais plus du tout vivre aujourd’hui.
Tout allait pour
le mieux dans le meilleur des mondes quand… tout à coup:
2. L’élément declanchant:
Une de mes
collègue me dît : « Franchement, je ne comprends pas ce que quelqu’un
avec tes qualités personnelles, ton éthique professionnelle et ton niveau
d’étude fait ici… (ici = le cabinet d’avocats pour lequel je
travaillais) » MOI : « … ? », MA COLLÈGUE :
« Pourquoi tu ne postules pas pour travailler dans les assurances ?
Tu gagnerais beaucoup plus d’argent ! »
Ça a été le début
de la fin… le problème aux États-Unis c’est que même si vous menez la belle
vie, vous pouvez être surs que votre voisin en mène une meilleure… c’est ainsi
que j’ai soudainement commencé à me
sentir frustrée de gagner un salaire qui me convenait tout a fait 10 minutes
auparavant. Mon amie Faustine (qui se reconnaîtra) en sait quelque chose,
puisque elle aussi s’est retrouvée assaillie de doutes en apprenant que
« quelqu’un » (qui j’espère ne se reconnaîtra pas) venait d’acheter
une maison à 800 000 dollars…
C’est ainsi que
je franchisai le premier pas qui allait me mener inexorablement vers ma
conversion à l'américanisation :
a) Pas numéro 1 :
souffrir d’insatisfaction chronique…
Je fis donc ce
que font les gens qui veulent changer de travail, j’envoyai 50 000 CV un peu
partout. Curieusement, le seul CV qui reçut une réponse positive, fut celui
que la collègue à l’origine de mes frustrations envoya directement à son
ex-manager dans une célèbre compagnie d’assurance (avec moult éloges à mon
sujet.…).
Je fus donc
convoquée pour un entretien d’embauche à 8.30 du matin le mardi… le mardi en
question, j’envoyai donc un message urgent à ma
« superviseuse » :
« J’ai été malade toute la nuit, je suis
désolée, je ne vais pas pouvoir venir travailler ce matin… euh mais je me sens
quand même mieux donc peut-être que je vais quand même pouvoir venir… il se
pourrait même que je sois en pleine forme dans quelques heures… souhaite-moi
bonne chance… euh ! Pardon ! Souhaite-moi prompt rétablissement… ».
J’ai envoyé ce
message depuis mon smart phone (comment faisais-je auparavant pour passer des
entretiens d’embauche impromptus sans risquer de me faire virer pour ne pas
avoir prévenu de mon absence ?) et j’ai filé dans les
« suburbs », autrement dit les banlieues chic, comme celles de
Desperate Housewives, pour passer mon entretien. Comme je suis une fille pas du
tout stressée, j’y suis arrivée avec une heure d’avance… « pas grave !
je vais aller prendre un café »… alors voilà, pour ceux qui connaissent
pas les États-Unis, ici il y a du « zonage » c’est-à-dire que comme
ils ont construit le pays tout d’un coup (pas comme nous qui avons mis au moins
2000 ans), chaque chose ici est à sa place et surtout pas les unes à côté des
autres. Donc en Europe, sur 10 mètres carrés tu as un bistrot, un arrêt
d’autobus, 10 immeubles d’habitation avec des antennes wifi sur le toit, des
petits commerces en bas, un carrefour à coté, un stade de foot et le musée du
tournevis. Par contre ici sur dix mètres carrés vous avez… vous avez rien parce
que rien ne rentre… donc sur dix mille mètres carrés vous avez soit que des
maisons qui sont toutes les mêmes comme dans Desperate Housewives, soit que des
magasins pour faire vos courses, soit que des entreprises comme celle où je
passais mon entretien, soit que… rien parce que le Colorado c’est très sec alors
souvent il n’y a rien, et si tu tombes en panne d’essence… et ben tu meurs
déshydraté et mangé par les écureuils. Donc j’ai passé la première demi-heure à
essayer de trouver un café (j’ai eu le temps d’arriver jusqu’au premier feu qui
se trouve « à côté » de mon entreprise, constater qu’il n’y avait pas
de café à dix kilomètres à la ronde et revenir.
![]() |
a droite... |
![]() |
a gauche... |
J’ai passé l’autre demi-heure à
essayer de comprendre comment j’allais faire pour pénétrer dans le service où
j’avais été convoquée…. Alors oui, comme beaucoup d’entre vous le savent déjà, le
Colorado est très connu à l’étranger pour ses montagnes, son climat… et ses
tueurs en série qui arrivent au choix, dans une école, ou dans un cinéma, et qui tuent
tout ce qui bouge et tout ce qui a cessé de bouger avant de se donner la mort…
ou pas… (Colombine, La première de Batman et d’autre que je ne citerai pas pour
pas vous affoler, c’est chez nous !). Alors voilà, pour pénétrer dans le
service on a besoin d’une carte magique qui ouvre la porte quand tu la passes
dans devant un petit boitier. Évidemment, je n’avais pas la carte magique… mais
comme je n’avais pas non plus de carabine, ni de kalachnikov, ils m’ont quand même laissée rentrer.
Moi, pour
l’entretien, j’étais super bien préparée ! J’avais tout bien révisé. Pour
info, (non parce qu’on ne dirait pas comme ça, mais c’est important) je
postulais pour un job de « claim adjuster » c’est-à-dire expert
d’assurances ou quelque chose comme ça. En gros, si vous avez un accident de
voiture aux États-Unis, c’est moi qui mène l’enquête pour savoir qui est en
faute et qu’est-ce qui va être pris en charge ou pas (plutôt pas d’ailleurs)
par l’assurance. (oui c’est moi la « c…… » qui te donnes 3000 euros
pour ta voiture qui en vaut 8999…). Et la t’as les français qui disent :
« ah bon ? Je ne savais pas que tu avais fait des études de… euh de…
oui d’expert d’assurance…. ». Et
bien figurez-vous qu’aux États-Unis, pas besoin de faire des études de droit
pour travailler dans un cabinet d’avocats, pas besoin, non plus, d’avoir fait
des études de « claim adjusting » pour travailler dans une assurance…
juste besoin d’avoir l’air de pouvoir apprendre. J’avais aussi un gros
avantage, c’est que dans le cabinet d’avocats je travaillais contre les experts
d’assurances. En gros, je leur écrivais des lettres pour leur dire pourquoi je
voulais qu’ils donnent 50 000$ de dommages et intérêts à mon client qui avait
souffert un petit accroc avec leur assuré (et c’étaient les avocats qui signaient la lettre... ils sont utiles les avocats aux Etats-Unis...).
Je connaissais donc tout : les
blessures typiques d’un accidenté de la route (en anglais ET en espagnol), les termes utilisés par les
assurances (en anglais ET en espagnol), gérer les clients difficiles qui ne comprennent rien à ce qui leur
arrive (en espagnol) et supporter les avocats qui ne comprennent rien non plus mais qui sont
persuadés du contraire (en anglais). Je suis donc arrivée très confiante, puis… le couperet
est tombé… oui nous ne cherchons pas un expert d’assurance pour les blessures
souffert par les accidentés, mais un expert d’assurance pour les dommages à la
propriété… c’est-à-dire aux voitures… la Sandrinette ça fait dix ans qu’elle
n’a pas eu de voiture (si on compte sa première et dernière Renault 5 qui
tombait en ruine dans la catégorie voiture… sinon on peut bien dire qu’elle n’a
jamais eu de voiture…). Après il y a eu la question qui tue : « Citez
trois pièces d’une voiture », MOI : [dans ma tête : en
anglais ???] « euh… il y a… euh… les roues… [dans ma tête : ça
fait quatre, non ?]… euh… l’huile…. Euh… le volant… [ça va si je me
suicide la ?] ». Mais ce qui a vraiment fini de m’achever c’était que
moi je comptais sur le fait que je parlais espagnol pour avoir un gros avantage
sur les autres candidats. Quand j’ai demandé à la femme s’ils cherchaient
quelqu’un uniquement pour les clients espagnols, elle m’a dit :
« non, pour tous. On a déjà 3 personnes ici qui traduisent… ». Adieu boulot merveilleux…. Je suis donc rentrée chez moi un peu dépitée…
Quand je suis
revenue au boulot (le mien… celui du salaire ridicule ! Misérable !
Non mais quand même !) tout le monde était aux petits soins…
(rappelez-vous que j’étais censée avoir été malade toute la nuit) :
« ça va Sandrine ? », «Tu es sure que tu peux
travailler ? », «Tu veux pas retourner à la maison ? »,
« Pauvre Sandrine… »… moi j’avais un peu la honte quand même…
Le lendemain, je
reçois un appel… Je sais pas si c’est le coup de l’huile comme deuxième pièce de
la voiture mais… j'ai eu l'honneur d’être choisie!!!!!! J’ai failli en sauter du balcon
tellement j’étais contente ! MOI : « Mais c’est
merveilleux !!!! Je suis très contente !!!! Excusez mon
émotion… ». C’est après avoir raccroché que je me suis rendue compte que
peut-être que ça allait être un peu compliqué de négocier mon salaire après
avoir montré tant d’enthousiasme…. (oui parce qu’aux États-Unis on peut
négocier son salaire).
Alors voilà, j’ai
eu deux semaines pour (tenez-vous bien) :
- faire un « background
check » : c’est-à-dire qu’ils veulent tous les papiers qui prouvent
que vous avez travaillez là ou vous avez dit que vous aviez travaillé…. Y compris
ceux d’il y a 8 ans quand je vivais à Séville en Espagne… et comme j’ai pas du
tout travaillé au black là-bas… ben ça a été facile à prouver…. J’ai aussi dû
fournir tous mes antécédents judiciaires et des copies de ma carte verte,
passeport et tutti quanti… On n'embauche pas n’importe qui aux États-Unis…
- Acheter une
voiture…. Et acheter une voiture, c’est vachement plus difficile qu’acheter un
vélo…
- trouver une
banque qui accepte de me faire un prêt pour acheter une voiture (c’est ce que
je disais…).
- trouver quelqu’un
qui signe le prêt de la voiture avec moi puisque je n’ai pas de « credit
history » (c’est-à-dire que je n’ai jamais eu de prêt dans ce pays et donc
la banque ne veut pas me prêter…).
- trouver une
assurance qui veuille bien m’assurer.
- trouver quelqu’un
qui veuille bien s’assurer avec moi parce que comme je n’ai ni « credit
history », ni « conduite history » dans ce pays, l’assurance
croit non seulement que je ne vais pas la payer, mais en plus que je ne sais
pas conduire….
- passer mon
permis de conduire américain : code et conduite inclus.
- choisir mes « bénéfits »,
c’est-à-dire mon assurance maladie et mes « cotisations retraite »
auxquels je n’ai toujours rien compris….
Tout ça en
travaillant 40 heures par semaines… j’étais pas du tout stressée…
J’ai finalement
survécu les deux semaines grâce aux gens (qui j’espère se reconnaîtront) qui m’ont
aidée à faire tout ça ! Parce qu’il faut bien dire quelque chose, moi
depuis que je suis arrivée ici, j’ai rencontré des gens formidables qui m’ont
tous beaucoup aidée. Rien que pour le processus que je viens de vous raconter,
j’ai eu : la collègue qui m’a pistonnée, une copine qui travaille pour des
assurances qui m’a envoyé une liste de questions qui sont souvent posées
pendant les entretiens d’embauche (il n’y avait pas le coup des pièces de la
voiture dans la liste…), l’autre copine qui m’a déposée devant l’assurance le
jour de l’entretien d’embauche, la copine qui a signé les papiers de la banque
avec moi et qui a passé son samedi à me promener de concessionnaires en
concessionnaires pour trouver une voiture, le copain qui m’a donné un cours
magistral sur les fonds de pension pour que je puisse choisir mes cotisations
retraites convenablement et tous les autres copains qui m’ont soutenue et encouragée
pendant tout le processus ! Oui, il n’y a pas que les États-Unis qui sont
très chouettes aux États-Unis !
Résultat des
courses : Maintenant je travaille à « Perpète-Les-Oies » dans un
immeuble gigantesquement grand, tout moderne, avec plein de parkings autour et composé de « cubicules » :
![]() |
Non, ce n'est pas une blague, je travaille vraiment dans un cubicule... (la photo n'est pas de mon travail) |
![]() |
Mes nouvelles grottes de Lascaux.... |
Je me
déplace partout en voiture et j’ai même commencé à utiliser une carte de crédit…
qui donne vraiment du crédit… histoire de montrer que je suis capable, moi
aussi, d’avoir des dettes ! Pas que les américains, non mais oh !....
[pour ceux qui n’ont rien compris, vous pouvez lire mon poste précédent en
cliquant ici pour une explication sur les cartes de crédit]…
b. Pas numéro 2
vers l'américanisation : travailler pour une grosse multinationale.
c. Pas numéro 3
vers l'américanisation : passer plus d’une heure et demie par jour dans sa
voiture.
d. Pas numéro 4
vers l'américanisation : acheter des choses à crédit…
USA 4, La Sandrinette 0
Sur ce, je vous
laisse parce que demain il faut travailler… parce que je veux pas dire mais il
n’y a pas que la vie dans la vie, il y a aussi le travail !... ces français
alors !
Waouh, autant de changement en si peu de temps, c'est impressionnant !
RépondreSupprimerÇa fait plaisir d'avoir des nouvelles fraiches, et puis bravo pour ce nouveau boulot :)
Merci Caroline! Oui effectivement... je suis un peu dépassée par les événements...
Supprimerwouhaou, quel courage ! bravo en tout cas pour cette jolie plume, j'ai bien ri !
RépondreSupprimeret félicitations pour le job ...
PS : je conduis mais je crois que moi aussi j'aurais cité le volant, les roues ...pour l'huile, je ne suis pas sûre, je pense que j'aurais dit le pare brise ;)
merci Nath! oui l'huile c'etait abuse... je ne le referai plus... promis jure!
SupprimerQuel plaisir de te - vous - relire ! Good job ;-)
RépondreSupprimerTe!
SupprimerMerci Sherie!
Mais je connais cet immeuble ! Pas de mérite, j'ai cru reconnaître la grande rue. J'ai eu la confirmation quand tu as écrit qu'il n'y avait pas de café "tout près". Et ma première assurance auto était avec ta société.
RépondreSupprimerFélicitations pour ton nouveau poste.
jajaja! On a tous une rue comme ca pas trop loin de chez soi! Merci pour les felicitations!
SupprimerNon, en fait, elle est vraiment près de chez moi. C'est bien Orchard, non ?
RépondreSupprimerjajaja! ah ben oui! C Quebec Street entre Orchard et... je sais plus le nom de l'autre
Supprimer